Depuis quelques semaines, un petit film d’initiation à l’économie de la culture circule sur le web, à l’initiative du site lemonde.fr.

Ce petit film a été repris ici et là, et abondamment commenté. En particulier, le site du Monde a publié une brève mais intéressante interview de Françoise Benhamou, professeur à l’Université Paris XIII.

Les remarques de Françoise Benhamou me paraissent tout à fait justes, mais cependant je m’étonne qu’elle ne commente réellement que les deux dernières lois évoquées dans le film.

Non seulement elle ne s’arrête pas sur la première (celle qui note que le bien culturel échappe à la loi de l’utilité marginale décroissante), mais elle prononce cette phrase étonnante, choisie d’ailleurs par le journal pour faire le titre de la page : « La culture, plus on la consomme, plus on a envie d’en consommer ».

Cette question de la consommation est pourtant bien au coeur des problématiques de l’économie culturelle, il me semble.

Dans le Nouveau Larousse Universel de 1948  (la plus ancienne édition que j’aie ce soir sous la main), le mot « consommer » est ainsi défini : « Détruire par l’usage ». S’y ajoute un sens figuré : « Dissiper, ruiner par l’abus ». Dans la page du Wiktionnaire, on trouve tout un ensemble de mots qui vont dans le même sens : « absorber », « détruire », « perdre », « affaiblir », « user », « miner », « anéantir »…

Or, l’usage d’un bien culturel ne le détruit pas, bien au contraire. La valeur d’un livre, d’un film, augmente lorsqu’il est lu ou vu. Et plus encore s’il est partagé. C’est ce qui échappe aux « industries culturelles », qui ne peuvent tirer aucun bénéfice de cette propriété économique exceptionnelle. D’où leur action dévastatrice pour tenter de nous transformer en « consommateur culturel », transformation qui ne peut pas se faire sans une certaine violence, et sans conséquences désastreuses.

Heureusement, ça ne se fait pas sans résistances…

(A lire par exemple sur ce sujet, cette interview de Bernard Stiegler)

 

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